Education, manifestation et révolution : la fabrique de l’homme nouveau
Il importe de faire en sorte que l’éducation ne soit pas réduite à la seule question d’un savoir théorique mais comme devant être l’apprentissage d’une orientation donnée à l’existence et plus encore, un véritable parcours de sagesse.
La crise profonde qui atteint notre société actuelle nait probablement d’une dissociation dans l’œuvre éducative entre ce qu’on donne à « avoir » au détriment de « l ’être ». C’est assurément le problème majeur du passage de l’éducation à la seule instruction des jeunes générations. Et en effet, quoi de plus facile que de concevoir l’éducation, comme œuvre fondamentale de socialisation en fonction des seuls besoins de la cité ? Cela traduit une volonté déviante de faire de l’homme, non pas un homme dans toutes ses dimensions, mais un homme réduit à sa fonction de professeur, de militaire, de médecin etc… Réduire ainsi l’agir éducatif aux seuls horizons de la bonne adaptation et de la réussite socio-économique revient à abolir des pans entiers de la culture humaine et priver l’homme d’une nécessaire formation de sa conscience à travers, par exemple, l’étude de la littérature humaine des siècles passés.
Placée au point stratégique où se joue le futur d’une société et où s’opère l’enculturation des générations nouvelles, l’éducation a toujours été une pièce maitresse des projets de refontes autoritaires de l’homme ; et nous savons qu’elle a toujours été vue par tous les régimes politiques comme un moyen privilégié de configuration sociale des consciences. Former une nouvelle humanité passe par l’éducation à de nouveaux principes. Reprendre les hommes à l’Église comme cela s’est produit lors du processus engagé pendant la Révolution française de 1789 devait passer par l’établissement d’une éducation nationale indépendante de l’Église. En effet, quoi de plus tentant pour donner efficacité et durée à une idéologie politique que d’y sensibiliser en priorité les nouveaux venus de l’humanité. La mainmise idéologique de l’éducation ne s’opère cependant qu’au prix d’une véritable mutilation. Mutilation du passé, puisque comme dans tout processus révolutionnaire, on en fait table rase ou, du moins, on ne garde que ce qui est utile ; et mutilation du futur puisque l’on fait de l’homme un être préprogrammé qui ne pourra agir que conformément à la doxa qui a été enseignée privant l’homme de sa naturelle puissance d’innovation spirituelle. Ainsi loin de former un homme nouveau, tous ces systèmes d’éducation idéologique en font un homme dénaturé.
Ainsi que le déclarait le pape saint jean Paul II, l’éducation authentique parvient à faire « que l’homme sache être plus non seulement avec les autres mais aussi pour les autres ». Il s’agit donc de nouer d’un même élan « socialisation et personnalisation ». En évitant la tentation utilitaire et la tentation totalitaire de l’éducation, on parviendra grâce à la culture, que « l’éducation fasse de l’homme une véritable personne, c’est à dire un être qui dépasse sa simple individualité pour devenir un être de relation qui se soucie des autres ». Une société rajoutait le saint Pape, peut ainsi mourir aussi bien quand « elle se coupe de ses racines que quand elle se contente de se projeter dans l’avenir avec comme seule ambition, celle de ne pas manquer ».
Alexis de Monts de Savasse, curé
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