« Ne craignez pas »
Notre Seigneur a dû sans doute plus d’une fois et de maintes façons encourager ses disciples effrayés de l’insuccès de leur œuvre. Il ne leur a pas dit de renier ce qu’ils étaient pour être plus en phase avec le monde vers lequel ils étaient envoyés ; il ne leur a pas dit non plus que tout était fichu et qu’il convenait de laisser le monde aller à sa perdition pendant qu’eux seraient sauvés ; il leur a dit, comme dans l’évangile de ce dimanche : « Ne craignez pas ».
Dans la logique divine, leur faiblesse conditionnait la grandeur future du Royaume qu’ils portaient en eux. Toute âme religieuse comprend cette logique à rebours, elle est celle que développe saint Paul, lorsqu’il se plaignait au Seigneur de l’écharde plantée en sa chair : « c’est dans la faiblesse que se déploie la force de Dieu ». Petitesse, grandeur dans le secret, c’est ainsi que tous les spirituels l’ont compris : « Le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien ». C’est pourquoi il nous faut voir en vérité notre propre humanité et comprendre sa condition terrestre comme toujours un moyen en même temps qu’un principe d’humilité. Saint Hilaire de Poitiers disait ainsi que le chrétien est « la plus amère et la plus petite des semences mais dont la force et la puissance sont excitées par les souffrances et les persécutions ». Celui qui rentre dans l’Église et qui rêve à la gloire se trompe de chemin, ou il s’est trompé d’Église. La faiblesse apparente de l’Église ou la faible incidence qu’elle semble avoir dans les différents débats de notre société est un trompe-l’œil. A vue humaine, le combat sera toujours perdu d’avance, tout comme le fut à vue humaine la prédication du Christ trouvant son apogée ou sa fin sur la croix. Mais le royaume de Dieu ne souffre aucune compromission avec l’adversaire. Il nous faudra toujours choisir entre Dieu et Mammon, entre l’Esprit de Dieu et l’esprit du monde, entre la cité de Dieu et la cité des hommes.
Cependant, nous en avons l’assurance, pendant que l’homme faisant cause commune avec l’adversaire croit jouir d’une victoire sans faille pour la conquête du monde, la grâce poursuit son œuvre inexorablement jusqu’au dévoilement finale où l’on verra enfin que le prince de ce monde et tous ses acolytes étaient nus. C’est la certitude de la vertu d’Espérance, le Christ a vaincu le monde, voilà pourquoi nous ne devons point craindre.
Alexis de Monts de Savasse, curé
Lire la FIP dans son intégralité : 2026-06-21
