« Ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que Tu m’as donnés, car ils sont à Toi ».
Comme l’âme est le principe de vie de l’âme, les chrétiens le sont pour le monde. Notre tâche est alors d’orienter les esprits et les cœurs vers ce qui n’apparait pas encore, mais qui pourtant est déjà présent car le monde doit savoir par quel amour il a été racheté et de quel amour les chrétiens s’aiment. L’expression de cette charité, ainsi que son vécu quotidien, seront alors en mesure de manifester pleinement les personnes divines. Le Christ, en effet, se rend présent lorsque nous sommes en prière, il se montre quand la messe est célébrée, tandis que l’Esprit Saint s’immisce dans chaque recoin de nos âmes pour nous porter vers les Thabors de l’union mystique. Là où réside la charité pourrait-on dire, là aussi est le Christ, et là où est le Christ réside toutes grâces. Les disciples du Christ par leur vie d’amour sont donc le sacrement du Christ : le signe visible du Christ désormais invisible. C’est ce que l’on appelle aussi la communion des saints. Tous les membres participent en commun de l’unique vie de la grâce qui vient de la tête qu’est le Christ. Tous sont de même animés par le même Esprit qui vit dans chacun des membres.
La même charité circule à travers ce corps mystique et unit tous les membres entre eux. Par un même Seigneur, le Christ notre chef, il existe entre les membres une circulation d’amour qui devient l’image même de celle existant depuis toute éternité entre les trois personnes divines. Ainsi, chacun est solidaire de l’autre dans l’ordre de la grâce. Le plus petit acte de charité du plus petit membre de l’Église rejaillit ainsi sur l’ensemble de l’Église. Dans cet ordre, les distances matérielles n’existent plus.
Léon Bloy disait ainsi « Tel mouvement de la grâce qui me sauve d’un péril grave, a pu être déterminé par tel acte d’amour accompli ce matin ou il y a 500 ans, par un homme très obscur de qui l’âme correspondait mystérieusement à la mienne et qui reçoit ainsi son salaire. Le temps n’existant pas pour Dieu, l’inexplicable victoire de la marne (Guerre de 14-18) a pu être décidée par la prière très humble d’une petite fille qui ne naîtra pas avant deux siècles ». Cette charité ainsi considérée devient l’amour dont l’Église tout entière est le sujet et qu’on ne possède qu’en s’insérant dans l’Église. C’est l’amour dont l’épouse du Christ aime son époux, et qui ne peut subsister que dans l’amour commun que ses membres ont les uns pour les autres. C’est l’amour qui réunit les membres du corps du Christ dans une seule communauté de vie en lui. Ainsi se prépare déjà cette vision finale, cette Jérusalem céleste du livre de l’Apocalypse, où le sacrifice offert à Dieu devient, selon les mots de saint Augustin :
« Celui de toute la communauté des rachetés, la réunion et la communion des saints, offerte à Dieu par le Grand Prêtre qui s’est offert lui-même en souffrant pour nous de manière que nous puissions être le corps d’une si grande tête, de manière à montrer enfin à tous les hommes que nous sommes les disciples d’un maître si excellent ».
Alexis de Monts de Savasse, Curé
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