En ce monde, les chrétiens se doivent d’être des artisans de Paix
Au lendemain de la commémoration du souvenir de la victoire des alliés du 8 mai 1945, le sens du mot paix doit pour nous être l’occasion de nous souvenir combien la haine a pu être la source d’un conflit sans précédent dans le monde tant par son étendue que par le nombre de victimes civiles et militaires qu’il a pu entrainer. Comme l’a affirmé le Concile Vatican II, la paix est « le fruit d’un ordre qui a été implanté dans la société humaine par son divin Fondateur, et qui doit être mené à la réalisation par des hommes aspirant sans cesse à une justice plus parfaite » Depuis plus de quinze siècles, dans l’Église catholique retentit l’enseignement de saint Augustin, qui nous a rappelé que la paix qu’il faut viser avec la coopération de tous consiste dans la tranquillitas ordinis, dans la tranquillité de l’ordre (cf. De civitate Dei, 19, 13).
Le bienheureux Pape Jean XXIII identifia les conditions essentielles de la paix, à savoir les quatre exigences précises de l’esprit humain : la vérité, la justice, l’amour et la liberté. La vérité, disait-il, constituera le fondement de la paix si tout homme prend conscience avec honnêteté que, en plus de ses droits, il a aussi des devoirs envers autrui. La justice édifiera la paix si chacun respecte concrètement les droits d’autrui et s’efforce d’accomplir pleinement ses devoirs envers les autres. L’amour sera ferment de paix si les personnes considèrent les besoins des autres comme les leurs propres et partagent avec les autres ce qu’elles possèdent, à commencer par les valeurs de l’esprit. Enfin, la liberté nourrira la paix et lui fera porter du fruit si, dans le choix des moyens pris pour y parvenir, les individus suivent la raison et assument avec courage la responsabilité de leurs actes.
Ainsi, ferme dans l’Espérance qui lui fait contempler la Jérusalem céleste du livre de l’Apocalypse, les chrétiens aspirent à réaliser la béatitude « heureux les artisans de paix car ils seront appelés fils de Dieu ». C’est comme cela qu’ils seront véritablement des fils dans le Fils unique, c’est comme cela qu’ils seront le Temple de Dieu et le lieu de sa présence. Nous devons donc en tant que chrétien travailler à établir ici-bas la concorde et la tranquillité. Nous devons rayonner de cette paix jusqu’aux confins du monde, et transformer dans notre monde actuel ce que les anciens appelaient la pax romana, la paix romaine, en une Paix du Christ faite de charité et de justice. Gardons-nous cependant de tout triomphalisme ou de croire que cela n’est possible qu’à la seule force des hommes. Seule la reconnaissance universelle de la Seigneurie du Christ partout l’univers lors du dernier avènement établira cette paix définitive. Seule l’Église qui surmonte les distinctions de cultures, de classe et de sexe est sur terre le lieu, le signe et la source de paix entre les peuples, car elle est le Corps du Christ et la dispensatrice de l’Esprit Saint. Enfin, seule la justice devant Dieu et entre les hommes est le fondement de la paix, car c’est elle qui supprime le péché, source de toute division.
Alexis de Monts de Savasse, Curé
