Dimanche de Laetare
« C’est la joie d’avoir trouvé Dieu qui est le principe de la tristesse de l’avoir offensé et de tout le changement de vie. Celui qui a trouvé le trésor dans un champ en a une telle joie, que cette joie, selon Jésus-Christ, lui fait vendre tout ce qu’il a pour l’acheter. Les gens du monde n’ont point cette joie que le monde ne peut ni donner ni ôter », dit Jésus-Christ même. Les Bienheureux ont cette joie sans aucune tristesse ; les gens du monde ont leur tristesse sans cette joie, et les Chrétiens ont cette joie mêlée de la tristesse d’avoir suivi d’autres plaisirs, et de la crainte de la perdre par l’attrait de ces autres plaisirs qui nous tentent sans relâche. Et ainsi nous devons travailler sans cesse à nous conserver cette joie qui modère notre crainte, et à conserver cette crainte qui modère notre joie, et, selon qu’on se sent trop emporter vers l’une, se pencher vers l’autre pour demeurer debout » (Pascal : Lettre à Melle de Roannez)
Le dimanche de Laetare que nous célébrons en ce quatrième dimanche de carême nous invite à passer des ténèbres de nos péchés à la lumière sans déclin de la Résurrection, à quitter la tristesse de ce temps pour anticiper la joie de la victoire pascale du Christ. Ainsi, la guérison de l’aveugle-né de l’évangile est-elle le signe avant-coureur de la recréation que va opérer le Christ pour l’ensemble de l’humanité.
Jadis, la loi que le peuple juif avait reçue de Dieu à l’Horeb pouvait être considérée comme un premier remède au péché de l’homme. Mais ce remède, l’homme n’était pas capable de se l’administrer lui-même, il fallait que le médecin divin se déplace afin de le lui appliquer sur les yeux. Il fallait surtout que, comme le rappelle saint Augustin, puisque c’était la chair qui l’avait aveuglé, que cela fut la chair qui puisse venir le guérir : « En se faisant homme, le Verbe s’est rendu visible aux yeux qui étaient sains ; ainsi celui qui accepte de suivre le Christ humble a été rendu capable de voir avec les yeux de la foi le Verbe éternel de Dieu. Le collyre fait de « poussière », C’est à dire de la matière même dont a été façonné Adam et remède d’humilité, permet à tout homme guéri de l’orgueil de voir cette Gloire, cette Gloire comme celle du Fils unique du Père plein de grâce et de vérité. ».
C’est pourquoi, tout comme le médecin aime les malades et les veut guérir, le Christ aime-t-il les pécheurs afin de les sauver. Nous le comprenons maintenant, le Seigneur Jésus use de son humanité humble mais impeccable comme d’un remède à l’orgueil ; il use de sa mort pour nous donner la vie et de médecin il se fait remède. Déjà nous sommes en mesure de le contempler dans les sacrements puisque nous avons les yeux de la foi. Déjà nous pouvons l’entendre et le comprendre dans la proclamation de l’Évangile grâce aux oreilles de la foi, déjà nous pouvons le chanter et le glorifier grâce à l’expression de notre foi quand nous proclamons ses grandeurs : « que ma bouche chante ta louange » (Ps.71,8).
Alexis de Monts de Savasse, curé
